Une copie de Les Paul pour un panda.

Cet été, je me suis mis à tourner en rond plus que d’accoutumée.  Professionnellement dans l’impasse, financièrement en bas de l’échelle, tout ce qu’il faut pour une crise de la quarantaine réussie. Et pas d’issue en perspective sinon c’est de la triche.

Quand c’est comme ça, on se tourne vers les rêves de jeunesse. La musique ayant presque toujours tenu une place très importante dans ma vie, je me suis dit qu’il était temps de remettre en route cet aspect de mon existence, avant que l’âge ne me prive de cela pour de bon entre arthrose et surdité. Et histoire de se créer un challenge qui dure, j’ai décidé de surcroît de fabriquer moi même mon instrument. Bon, pas au point de prendre directement des planches et de tout tailler à la main et au ciseau à bois. Je connais mes limites.

Un des bons côtés de notre époque online et mondialisée, c’est qu’on trouve à peu près tout et dans tous les prix. J’ai pas mal fait de recherches dans le monde entier grâce au net, mais c’est finalement en France, chez ce revendeur, que j’ai décidé de faire mes courses. Le choix du modèle n’est pas innocent : la personne qui m’a appris à jouer avait une Les Paul.

Je fus livré très vite, et après pas mal de recherches sur les différents sites consacrés à ce loisir, je me suis mis au boulot. Le premier truc, la découpe de la tête, a été vite réglé à grands coups de ponceuse, pour une forme plus conforme à la Gibson traditionnelle. Il eut été assez facile à ce stade de se procurer des décalcomanies appropriées et d’apposer le logo Gibson dessus, mais je ne suis pas un fanatique de la contrefaçon, et comme en plus la vraie Les Paul a un manche collé et non vissé, ça ferait vraiment contrefaçon merdique.

Le corps est en tilleul, ce n’est pas le top mais on s’en contentera. Pendant mes recherches, j’ai même vu des boutiques qui vendaient des corps de guitare en contreplaqué, mais je n’étais pas assez désespéré pour ça. Sur ce corps, un joli placage en érable flammé, ce qui pour moi excluait d’office une peinture opaque. Autant que cela se voie. Et en effet, ce placage m’a donné un très joli résultat final, et a été un vrai cauchemar pendant la réalisation : la table est bombée, donc elle s’amincit à quasi rien vers les bords, et est de ce fait très sensible à toute forme d’humidité. Sachant que tous les produits avant peinture et vernis étaient à base d’eau, c’était donc une catastrophe qui se préparait.

J’ai commencé par une teinture en merisier doré, afin de bien assombrir les veines du bois, puis j’ai bien poncé de façon à ce que seules ces veines restent sombres. Ensuite, j’ai commencé à passer de la teinture bleue, d’abord délayée puis pure, et j’ai ensuite passé plusieurs couches de fondur pour bloquer la teinte, et c’est là que les ennuis ont commencé :  le placage a commencé à se gondoler et se décoller. Normalement, il suffit d’un coup de fer pas trop chaud pour le recoller sans difficulté, mais il faut protéger la semelle du fer pour éviter que la teinte parte dessus, et donc elle part sur le papier à la place, etc…  J’ai réussi à limiter la casse en fin de compte, mais pas au point de ne pas avoir un petit bout à refaire à la pâte à bois. Là j’ai vraiment commencé à penser que je n’en viendrais pas à bout, et puis en mettant vraiment la tête dans le guidon j’ai fini par trouver une façon de cacher la misère tout en faisant quelque chose de beau. J’ai acheté une bombe de peinture à carrosserie dans un ton proche de ce que je voulais obtenir, et je m’en suis servi pour peindre la périphérie de mon instrument, comme sur certaines séries spéciales de chez Epiphone. Le reste de la finition s’est fait suivant les méthodes habituelles, à l’exception du fait que comme tous les ponçages doivent se faire à l’eau, ils étaient essuyés immédiatement pour ne plus causer de dégâts.

Pendant ce temps, le manche suivait son petit bonhomme de chemin, sans véritables problèmes à l’exception de certaines traces de collage au niveau de la touche qui ne me permettaient pas une finition translucide, j’ai donc peint le manche en bleu aussi, et la tête en noir, ornée de mon animal fétiche.

Il ne restait plus qu’à vernir le tout, en essayant d’éviter les coulures. Pas évident du tout. Mais au bout du compte, le résultat a fini par être satisfaisant. Pour un temps, parce qu’ensuite, l’assemblage de l’accastillage a causé pas mal de pocs divers, à mon grand désespoir. C’est là aussi que j’ai eu quelques surprises avec le contenu du kit : les potentiomètres fournis étaient ceux qu’on utilise habituellement à travers une plaque et non un corps de guitare massif, donc inutilisables. Et les mécaniques avaient trop de jeu pour rester accordées d’un bout à  l’autre d’une chanson. Bref, en lutherie c’est comme en informatique, si vous n’achetez pas toutes vos pièces séparément vous vous faites forcément refiler un peu de merde dans le lot.

J’ai donc été un peu à la chasse aux pièces, avec quelques bonnes surprises : un revendeur de pièces pour lutherie est situé près de chez moi, avec des prix raisonnables, j’ai donc pu trouver des potards dignes de ce nom rapidement. Ensuite, j’ai changé les mécaniques branlantes pour des Wilkinson à bloquage, ce qui a résolu les problèmes de tenue d’accord. Enfin, pour le plaisir des oreilles, j’ai changé les micros fournis d’origine pour des Wilkinson (aussi), répliques à l’identique de micros Gibson de la grande époque. Et le résultat ? Le voici :

Le changement de micros lui a donné un son quasi identique à la Les Paul de Slash dans « Sweet Child Of Mine » des Guns n’Roses, d’autant plus que les cordes ont été montées en wrapover pour compenser la perte en sustain due au corps en tilleul. En accord, elle ne bouge pas d’un poil bien que mon jeu actuel soit riche en bends en tous genres, toutes les cavités sont blindées pour éviter tous les bruits parasites que cause normalement le fait de jouer dans une caverne remplie d’ordinateurs. En un mot : heureux !

Ou presque… Je pense refaire entièrement le vernis l’année prochaine pour réparer tous les coups pris pendant l’assemblage, mais pour le reste, je suis pleinement satisfait, et ça m’étonnerait fort que je puisse trouver aussi bien dans le commerce pour le même prix.

Je sais d’ores et déjà qu’un jour il me faudra en construire une pour Yann, et j’ai déjà commencé à y réfléchir… Autant être prêt !

Une réflexion au sujet de « Une copie de Les Paul pour un panda. »

  1. Très sympathique. J’avoue, quant à moi, avoir un poil dans la main et une patience plutôt limité quand il s’agit de bricolage… alors mes guitares je les achète au lieu de me les monter. Cela étant dit… le manche est jouable ? Confortable ? Le rapport qualité/prix en vaut-il la peine ?

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