Une page d’histoire

Mes années à l’Annexe


1 – Au commencement

Nous sommes situés à l’entrée de la rue de Mons, qui fut autrefois le quartier le plus animé de Valenciennes. Je sais que pour les plus jeunes cela semble difficile à croire, mais il fut un temps où il y avait de l’animation à Valenciennes, et pas seulement des trous partout et des bittes en métal sur les trottoirs (je ne comprends toujours pas pourquoi ils foutent ça partout, le Bois de Boulogne doit se réinstaller ici ou quoi ?).
Je suis arrivé ici en avril 1993. A l’époque, c’était un petit bar de quartier dans un état approximatif (le comptoir avait commencé à traverser le plancher, notamment), mais qui présentait une caractéristique essentielle à mes yeux : il était possible de l’agrandir sans exploser le budget.
Ayant fait mes premières armes au Rockline à Lille, j’espérais pouvoir faire des concerts à Valenciennes, chose qui ne se pratiquait pas trop à l’époque.
Après quelques mois à tourner avec le café tel quel, histoire de se familiariser avec la clientèle et de prendre ses marques avec l’environnement commercial, on a tout cassé aussitôt le bac terminé. Les travaux ont duré tout un été, et j’ai même dû faire la rentrée avec l’avant du café ouvert à tous les vents, la livraison des vitrines ayant pris du retard.
Pendant l’été, de nouveaux venus étaient également arrivés dans la rue, ce qui fait que le quartier était devenu franchement plus attractif. A l’époque, circuler et stationner n’étaient pas encore devenus des problèmes, quoique l’excellent travail d’Hervé aux commandes du Happy Day causait parfois de sacrées files sur le trottoir et dans la rue le week end.

2 – Les bonnes années

Nous avons passé ainsi de charmantes années. Les fast food n’étant pas encore arrivés jusqu’à Valenciennes, et l’insécurité n’ayant pas encore atteint à l’époque le niveau que nous connaissons à présent, il n’était pas rare de voir débarquer des bandes de filles la nuit qui ne faisaient pas franchement mal aux yeux. En plus à l’époque j’étais célibataire 🙂
Le quartier était devenu le pôle principal de la vie nocturne valenciennoise, dans lequel nous nous distinguions par les concerts. On arrivait même à trouver des groupes qui savaient jouer, et même des chansons qui n’étaient pas toutes identiques à peu de chose près. L’entente était bonne entre les patrons de café de la rue, ce qui donnait parfois des fins de soirées agitées : l’été, le premier qui fermait partait chez son voisin, puis de concert on partait chez un troisième, etc…. Du night clubbing bon enfant. De surcroît, une certaine communauté de vues entre nous sur le problème de la drogue avait permis d’assainir nettement le quartier, qui avant cela jouissait d’une réputation effroyable. Tout cela était trop beau pour durer.

3 – Ca se gâte…

La suite n’est pas racontable ici en l’état actuel de la législation française, la liberté d’expression ici étant franchement théorique mais la répression bien réelle. Je ne détaillerai donc pas les causes, je me contenterai de dire les effets.
Donc pour résumer :
Plus de Hervé au Happy Day : un désastre
Plus de Pascal au Relax : affreux
L’Eden Café fermé : une perte tragique
Des fast food un peu partout : des kilos en trop pour toutes
Des agressions tous azimuts : plus de filles dehors le soir sauf accompagnées, pas bon pour moi ça.
La mode du tuning : plus de morts sur la route
Entrée en vigueur des accords de Schengen : toute la drogue qu’on veut sans trop de difficultés.
L’affaire URSSAF contre Carré des Halles : quasi disparition de la scène rock indépendante.

4 – De Charybde en Scylla

En dépit de tout cela, on avait pu un temps espérer qu’il serait malgré tout possible, si pas de revenir à la splendeur passée, tout au moins de revenir à un niveau à peu près viable. Hélas, sous la convergence de diverses catastrophes (travaux, Islam, URSSAF, pouvoirs publics,etc…) mes collègues sont tombés les uns après les autres. Notre syndicat a fait de son mieux pour limiter la casse, mais au point où en sont les choses, il est désormais illusoire de penser que les choses finiront autrement que par la disparition pure et simple de notre métier.

Je me suis même retrouvé pendant plus de 6 mois seul bar de la rue, expérience fort stressante que je ne tiens pas trop à renouveler.

Enfin, en 2006, l’arrivée du tramway et surtout la réorganisation des lignes de bus de façon à forcer les usagers à le prendre a porté un coup fatal aux commerces valenciennois. Ca tombait comme à Gravelotte, il était temps de mettre les bouts. A ma grande surprise, un nouveau venu jeta son dévolu sur mon bar, et en mars 2007 je quittai définitivement mon comptoir, la mort dans l’âme.

Depuis, Valenciennes continue à sombrer, heureusement une crise mondiale est survenue depuis ce qui permet d’avoir autre chose à blâmer pour justifier l’état pitoyable de la ville, réduite à un décor de théâtre dans lequel plus personne ne s’attarde. Mon successeur a tout de même tenu trois ans, ce qui dans la profession doit désormais être considéré comme un score honorable. Quant à moi, je passe le temps le moins mal possible, et si je rêve toujours de reprendre mon ancien métier, je sais désormais que je ne serai plus jamais assez bête pour tenir un commerce dans un pays pareil.

Une réflexion au sujet de « Une page d’histoire »

  1. Salut
    J’ai connu la période Hervé au Happy day en 94/95/96. J’étais présidente de corpo et je me souvient de la soirée GMP au Happy day que j’avais appelé soirée désintégration. Mémorable! Tu faisait déjà des concerts rock à l’époque? Fait chier d’être passé à côté.
    Le manque de boulot à fait que j’ai du m’expatrier 600km plus au sud. Du coup je n’ai pas vu Valenciennes dépérir ! Fait chier j’aimais bien l’ambiance de Valenciennes la nuit.

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